VAN DER ELST KEVIN

Les autres, une flash fiction horrifique

Cela faisait seulement quelques heures que j'étais caché dans ce placard, recroquevillé entre seaux et ballais, priant pour qu'ils n'aient pas l'idée de venir me chercher ici. Seulement quelques heures et, déjà, un silence pesant s’était installé.

La tête coulée entre mes bras, je rêvais de rester là jusqu'à la fin, loin de tout ça, loin de ce cauchemar. Mais il fallait bien se rendre à l'évidence : tout ce qui arrivait était bel et bien réel et tôt ou tard, je serai forcé de sortir.

L'éclairage commença à vaciller. Combien de temps encore avant que l'électricité ne soit coupée ? Mon estomac commençait à crier famine et, pour ne rien arranger, l'utilisation de sanitaires digne de ce nom devenait de plus en plus pressante. J'entrepris de faire l'inventaire de ce qui était à ma disposition pour tenté d'oublier la faim.

La pièce était étroite et dans un désordre sans nom. Outre les ustensiles habituels de nettoyage qui jonchaient le sol, des rouleaux de papier toilette qui semblaient me narguer côtoyaient des bombonnes d'insecticide, des feuilles vierges dégobillées par des boites en carton et un fier extincteur d'un rouge flamboyant trônant dans un coin. Rien qui pourrait me servir dans l'immédiat.

Mon imagination allait bon train, produisant des images morbides à n'en plus finir. Dans la plupart des cas, ma vie s'arrêtait dans cette pièce : mort de faim, mort de soif, suicide ... C'en était trop ! Il fallait tenter sa chance dehors avant de devenir complètement fou. C'était toujours mieux que de moisir dans cette prison sans barreaux.

Oreille collée contre la porte, je guettais le moindre signe de vie à l'extérieur. De longues minutes passèrent. Rien. Ils avaient surement déjà quitté les lieux depuis longtemps. J'abaissais fébrilement la poignée et la poussa mollement, juste assez pour pouvoir y glisser un œil. Personne. Le palier était désert. Tout était horriblement calme. La voie était donc libre. Maintenant, il me fallait une arme pour me défendre en cas de mauvaise rencontre. Mais quoi ? C'est à ce moment-là que mon regard se posa sur l'extincteur ...

À pas feutrés, je déambulais dans les couloirs à la recherche d'une hypothétique sortie. L'état dans lequel le tremblement de terre avait laissé l'établissement me laissa sans voix : mise à mal, la quasi-totalité des murs arboraient de profondes fissures; des débris provenant du plafond tenaient compagnie aux cartables éventrés, aux chaises renversées et aux bureaux brisés sur le sol des salles de classe. Les vitres avaient volé en éclat et une fine poussière brunâtre recouvrait à peu près tout. À la vue de tels dégâts, je pris la décision de continuer mon exploration sans plus tarder de peur que le sol s'effondre sous mes pieds. Étrangement, il n’y avait aucune trace de vie partout où j’allais. À croire que tous les élèves et professeurs eurent le temps quitter cet endroit.

Le rez-de-chaussée était dans le même état que le premier étage. À une exception près : une odeur abominable flottait dans l'air. Elle eut pour effet de calmer immédiatement mon estomac. Mes bras, eux, commençaient à me faire souffrir. Mon comparse rouge devait bien faire dans les 10 kg et le transporter partout avec moi devenait de plus en plus pénible. Peut-être fallait-il s'en débarrasser.

Ce projet disparu brutalement quand, au détour d'un couloir, je tombai sur la source de cette puanteur. Là, dans une marre de sang séché, gisait le corps mutilé d'un homme. Pris de nausée, j'eus envie de vomir, mais mon corps n'avait plus rien à rejeter depuis longtemps. L'abdomen crever, entrailles déversées sur le carrelage, la dépouille était couverte de griffures et de morsures. Telle une poupée désarticulée, ces membres formaient des angles impossibles. Le malheureux avait dû passer un sale quart d'heure à en juger par la révulsion imprimée sur son visage au moment de sa mort.

Je restai planter devant lui comme un idiot pendant un moment, ne sachant pas quoi faire d'autre. Un gémissement provenant du bout du couloir finit par me sortir de ma torpeur. Il fut immédiatement suivi par un deuxième, puis un troisième. À présent, mon cœur battait à tout rompre. Le gémissement se transforma en hurlement. C'était un appel à l'aide. Dans la plupart des histoires, c'est à ce moment qu'un des personnages décide de jouer les héros en partant à la rescousse d'un quidam en danger. Et bien souvent, ils meurent tous les deux ...

Tant pis, j'y vais.